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Les persécutions et la nécessité de préserver le témoignage apostolique

L'étude des premiers chapitres des Actes des Apôtres permet de constater que les témoins de Jésus furent très tôt confrontés à la réalité de la…

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Publiée
19/06/2026
Mise à jour
19/06/2026

Les persécutions et la nécessité de préserver le témoignage apostolique

L'étude des premiers chapitres des Actes des Apôtres permet de constater que les témoins de Jésus furent très tôt confrontés à la réalité de la persécution. Cette situation a probablement exercé une influence décisive sur la naissance des premiers écrits chrétiens. Si cette relation de cause à effet n'est jamais explicitement formulée dans le Nouveau Testament, plusieurs indices historiques et littéraires permettent de penser que les apôtres ont pris conscience très tôt de la nécessité de préserver leur témoignage avant qu'il ne disparaisse avec eux.

Dès les premiers jours de l'Église, les apôtres manifestent une remarquable lucidité. La disparition de Judas Iscariote ne les conduit pas à adopter une attitude fataliste. Au contraire, ils estiment indispensable de maintenir intact le collège apostolique et choisissent Matthias afin qu'il devienne, avec eux, « témoin de sa résurrection » (Actes des apôtres 1.22). Cette décision révèle une préoccupation fondamentale : assurer la continuité et la préservation du témoignage confié aux Douze.

Les événements qui suivent ne pouvaient que renforcer cette prise de conscience. Pierre et Jean sont arrêtés une première fois et traduits devant le Sanhédrin (Actes des apôtres 4.1-3). Peu après, l'ensemble des Douze est à son tour emprisonné (Actes des apôtres 5.17-18). Les apôtres sont fouettés et menacés de mort (Actes des apôtres 5.40). Ils découvrent alors que leur ministère les expose directement à la violence des autorités religieuses.

La mort d'Étienne constitue une nouvelle étape. Pour la première fois, un membre éminent de l'Église est exécuté (Actes des apôtres 7.54-60). Cette tragédie est suivie d'une grande persécution qui disperse les croyants hors de Jérusalem (Actes des apôtres 8.1-4). Quelques années plus tard, Jacques, fils de Zébédée, devient le premier des Douze à subir le martyre sur ordre d'Hérode Agrippa Ier (Actes des apôtres 12.1-2). Pierre lui-même échappe de peu à une exécution qui semblait déjà décidée (Actes des apôtres 12.3-11).

Ces événements ont certainement dû produire un effet profond sur les apôtres. Ils comprenaient désormais que leur disparition n'était pas une simple éventualité lointaine mais une menace bien réelle. Jésus lui-même les avait avertis :

« S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jean 15.20).

Le Seigneur leur avait également annoncé que certains d'entre eux seraient mis à mort (Matthieu 10.16-23 ; Jean 16.2). Les disciples savaient donc que leur témoignage oral ne serait pas éternel.

Or, leur mission essentielle n'était pas de bâtir une institution, mais d'être les témoins des événements qu'ils avaient vus et entendus (Actes des apôtres 1.8). Ils étaient les dépositaires d'une mémoire unique, celle des paroles, des miracles, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Si ces témoins venaient à disparaître, le risque existait de voir leur témoignage s'altérer ou se perdre.

Dans ces conditions, il paraît difficile d'imaginer que les apôtres aient attendu plusieurs décennies avant de songer à fixer par écrit ce qu'ils transmettaient oralement. Une telle attitude aurait été contraire au pragmatisme dont ils avaient déjà fait preuve lors du remplacement de Judas. De la même manière qu'ils avaient assuré la continuité du témoignage apostolique par la nomination de Matthias, ils ont probablement cherché à préserver ce témoignage lui-même en le confiant à l'écriture.

Parmi les Douze, Matthieu apparaît comme le candidat le plus naturel pour accomplir une telle tâche. Ancien publicain (Matthieu 9.9), il possédait vraisemblablement une formation administrative et une pratique régulière de l'écriture. Son métier impliquait la tenue de comptes, la rédaction de documents et une certaine maîtrise des langues employées dans la Palestine du premier siècle. À l'inverse, plusieurs apôtres étaient issus du milieu des pêcheurs galiléens et étaient considérés par les autorités comme des hommes « sans instruction » (Actes des apôtres 4.13), ce qui ne signifie pas qu'ils étaient illettrés, mais qu'ils n'avaient pas reçu la formation des scribes et des rabbins.

Il est donc tout à fait envisageable que Matthieu ait joué le rôle de rédacteur ou de secrétaire du groupe apostolique. Dans cette perspective, la rédaction d'un témoignage primitif ne serait pas l'œuvre isolée d'un individu, mais le fruit d'une démarche collective destinée à préserver la mémoire des témoins oculaires.

Cette hypothèse trouve un écho remarquable dans les témoignages des premiers auteurs chrétiens. Au début du IIe siècle, Papias rapporte :

« Matthieu rassembla les paroles du Seigneur en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il le pouvait. »

Cette affirmation semble faire référence à un document ancien rédigé dans une langue sémitique et destiné à conserver les enseignements de Jésus. Plus tard, Irénée de Lyon affirme que Matthieu publia son Évangile alors que Pierre et Paul étaient encore vivants. La tradition ancienne de l'Église a donc constamment associé Matthieu à une rédaction particulièrement précoce.

Le prologue de Luc apporte un autre indice important. En s'adressant à Théophile, l'évangéliste déclare :

« Plusieurs ayant entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous » (Luc 1.1).

Cette remarque montre qu'avant même la rédaction de son propre ouvrage, plusieurs récits écrits circulaient déjà dans les Églises. L'existence d'écrits antérieurs très anciens était donc connue de Luc et considérée comme parfaitement naturelle.

La destruction de Jérusalem en 70 constitue également un argument souvent invoqué. Bien que Jésus annonce la ruine du Temple (Matthieu 24.1-2), l'Évangile de Matthieu ne fait jamais explicitement allusion à l'accomplissement de cette prophétie. Un auteur écrivant après une catastrophe aussi considérable aurait probablement été tenté d'en souligner la réalisation. Ce silence peut être interprété comme un indice en faveur d'une rédaction antérieure.

Ainsi, les arrestations répétées des apôtres, le martyre d'Étienne, la dispersion des croyants, la mort de Jacques et les menaces pesant constamment sur les témoins de Jésus ont probablement contribué à faire naître très tôt la nécessité de préserver leur témoignage. L'apparition des premiers écrits chrétiens ne serait donc pas le résultat d'une évolution tardive, mais la conséquence naturelle d'une situation historique où la disparition des témoins devenait une possibilité de plus en plus réelle.

Dans cette perspective, une rédaction ancienne de Matthieu apparaît non comme une hypothèse marginale, mais comme une réponse pragmatique des apôtres aux dangers auxquels ils étaient confrontés. Conscients de leur fragilité et de la brièveté de leur existence, ils auraient cherché à assurer la transmission fidèle de leur témoignage afin que les générations futures puissent continuer à connaître avec certitude les événements qui avaient marqué l'histoire du salut (Luc 1.1-4).

Lexique
Analyse de Matthieu 24.3-51
Voici une analyse exégétique verset par verset de Matthieu 24.3-51. Matthieu 24.3 Les disciples interrogent le Messie Jésus en privé sur trois événements : la destruction du Temple, sa venue, et la fin du monde. INF170
Le Sanhédrin
Le Sanhédrin était la plus haute instance religieuse, judiciaire et législative du judaïsme du Second Temple (IIe s. av. J.-C. – 70 ap. J.-C.). Composé de 71 membres et siégeant à Jérusalem, il interprétait la Torah, arbitrait les litiges majeurs et supervisait le calendrier hébraïque. Mentionné dans les Évangiles et décrit par la littérature rabbinique, il disparaît après 70 ap. J.-C. mais son modèle continue d'inspirer l'organisation et la pensée juridique juives. INF003
Une rédaction ancienne de Matthieu
L'hypothèse d'une rédaction ancienne de l'Évangile selon Matthieu est tout à fait envisageable et se trouve défendue, sous diverses formes, par plusieurs historiens et exégètes. Bien qu'elle ne puisse être démontrée avec certitude, elle présente une réelle cohérence historique et permet de mieux comprendre la volonté des premiers chrétiens de préserver le témoignage des témoins oculaires. INF317
YHWH
Le tétragramme YHWH est le nom propre de Dieu utilisé dans la Bible hébraïque. Nom de Dieu : YHWH est considéré comme le nom le plus sacré de Dieu dans le judaïsme. INF038
Pour aller plus loin
Genèse 49.10
« Le sceptre ne s'éloignera pas de Juda, ni le bâton de commandement d'entre ses pieds, jusqu'à ce que vienne Schilo, et que les peuples lui obéissent. »
Pourquoi « Schilo » ?

Le terme « Schilo » apparaît dans la Genèse, au sein de la bénédiction de Jacob sur ses fils. Il est généralement traduit par « celui à qui cela appartient » ou « celui qui doit venir » — une prophétie messianique qui annonce un personnage issu de la tribu de Juda, à qui les peuples du monde obéiront. Pour nous, ce nom symbolise notre conviction centrale : Jésus est ce Schilo — le Messie annoncé, fils de David, fils d'Abraham, vers qui pointent toutes les Écritures. Notre site porte ce nom en hommage à cette prophétie et à Celui qu'elle désigne.

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Cette étude : © 2026 Schilo — Tous droits réservés. Source : https://schilo.org/inf367-les-persecutions-et-la-necessite-de-preserver-le-temoignage-apostolique/, exportée le 24/10/2026. La version en ligne peut avoir été complétée depuis.