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INF357 Notes historiques

Le discours de Gamaliel

Le discours de Gamaliel en Actes 5.34-40 constitue un tournant important dans le récit de Luc. Alors que les membres du Sanhédrin, exaspérés par les…

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Publiée
19/06/2026
Mise à jour
19/06/2026

Le discours de Gamaliel

Le discours de Gamaliel en Actes des apôtres 5.34-40 constitue un tournant important dans le récit de Luc. Alors que les membres du Sanhédrin, exaspérés par les paroles de Pierre, envisagent de faire mourir les apôtres (Actes des apôtres 5.33), un homme respecté intervient pour empêcher une décision irréversible.

  1. Un personnage particulièrement influent

Luc précise que Gamaliel est un pharisien, docteur de la Loi, estimé de tout le peuple (Actes des apôtres 5.34). Il s'agit très probablement de Gamaliel l'Ancien, petit-fils du célèbre Hillel et maître de Paul avant sa conversion (Actes des apôtres 22.3).

Contrairement aux sadducéens qui dominent alors le sacerdoce, les pharisiens croient à la résurrection, aux anges et au monde spirituel (Actes des apôtres 23.8). Gamaliel ne semble pas être devenu disciple de Jésus, mais sa position plus modérée contraste avec l'hostilité des sadducéens.

  1. Un appel à la prudence

Gamaliel demande d'abord que les apôtres soient éloignés du conseil (Actes des apôtres 5.34). Il invite ensuite ses collègues à réfléchir avant d'agir :

« Prenez garde à ce que vous allez faire à l'égard de ces hommes » (Actes des apôtres 5.35).

Son raisonnement est essentiellement pragmatique. Il ne cherche pas à démontrer que les apôtres ont raison, mais qu'il est dangereux de combattre un mouvement dont l'origine n'est pas encore clairement établie.

  1. Les exemples de Theudas et de Judas le Galiléen

Gamaliel rappelle deux mouvements qui ont disparu après la mort de leurs chefs :

  • Theudas, qui avait rassemblé environ quatre cents hommes (Actes des apôtres 5.36) ;
  • Judas le Galiléen, qui s'était révolté lors du recensement et dont les partisans avaient été dispersés (Actes des apôtres 5.37).

Le second personnage est bien connu par l'historien juif Flavius Josèphe. Judas le Galiléen mena une révolte contre le recensement organisé sous Quirinius vers l'an 6 après Jésus-Christ. Son mouvement donna naissance au courant des zélotes.

La mention de Theudas pose une difficulté chronologique puisque l'historien Josèphe situe un autre Theudas sous le procurateur Cuspius Fadus, vers 44-46 après Jésus-Christ. Plusieurs explications ont été proposées :

  • il pourrait s'agir d'un autre personnage portant le même nom ;
  • Josèphe et Luc pourraient évoquer des événements différents ;
  • Josèphe n'a probablement pas recensé tous les agitateurs de cette période.

Cette difficulté ne remet pas nécessairement en cause la fiabilité du récit de Luc.

  1. Un principe fondé sur la souveraineté de Dieu

Gamaliel conclut :

« Si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle se détruira ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire ; ne courez pas le risque d'avoir combattu contre Dieu » (Actes des apôtres 5.38-39).

Cette réflexion rappelle certains principes de l'Ancien Testament selon lesquels Dieu renverse les projets humains et accomplit infailliblement ses desseins (Psaumes 33.10-11 ; Proverbes 19.21 ; Esaïe 46.10).

Il est remarquable qu'un pharisien invite le Sanhédrin à envisager la possibilité que Dieu soit à l'œuvre dans ce mouvement qu'ils cherchent à détruire.

  1. Une sagesse humaine insuffisante

Le raisonnement de Gamaliel est empreint de prudence, mais il demeure incomplet. Il ne se prononce pas sur la personne de Jésus ni sur la réalité de sa résurrection. Il préconise l'attentisme plutôt que la foi.

Or, dans les Actes, Dieu n'appelle pas simplement à attendre pour voir, mais à se repentir et à croire au Christ (Actes des apôtres 2.38 ; Actes des apôtres 3.19 ; Actes des apôtres 4.12).

La neutralité de Gamaliel est donc préférable à la violence des sadducéens, mais elle reste en deçà de l'engagement demandé par l'Évangile.

  1. Une intervention providentielle

Les membres du Sanhédrin suivent finalement son avis. Les apôtres échappent à la peine de mort, mais ils sont battus et reçoivent à nouveau l'ordre de ne plus parler au nom de Jésus (Actes des apôtres 5.40).

Sans le savoir, Gamaliel devient ainsi un instrument de la providence divine. Son intervention permet la poursuite de la mission apostolique et prépare l'expansion de l'Église.

Conclusion

Le discours de Gamaliel illustre l'ironie fréquente du livre des Actes. Un maître juif respecté, qui n'est pas présenté comme un disciple de Jésus, contribue involontairement à la préservation de ceux que ses collègues veulent faire mourir. Son avertissement est demeuré célèbre :

« Si cette œuvre vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire » (Actes des apôtres 5.39).

L'histoire de l'Église donnera finalement raison à cette intuition. Malgré les persécutions, les oppositions et les tentatives répétées pour faire disparaître le christianisme, l'œuvre commencée à Jérusalem poursuivra son développement jusqu'aux extrémités de la terre, conformément à la promesse du Seigneur (Actes des apôtres 1.8).

Lexique
Gamaliel
Gamaliel est l'une des personnalités juives les plus remarquables du Ier siècle. Il apparaît brièvement dans les Actes des Apôtres, mais sa réputation dépasse largement le cadre du Nouveau Testament. INF375
Les pharisiens
Les Pharisiens, apparus après la révolte des Maccabées (165 av. J.-C.), étaient un groupe religieux influent du judaïsme antique. Attachés à la Torah écrite et orale, ils croyaient en la résurrection et restaient proches du peuple. Souvent en conflit avec Jésus dans les Évangiles, ils ont néanmoins donné des figures comme Nicodème et Joseph d'Arimathée. Leurs enseignements ont fondé le judaïsme rabbinique après la destruction du Temple en 70 ap. J.-C. INF002
Sadducéens
Les Sadducéens étaient un groupe aristocratique et sacerdotal du judaïsme antique (200 av. J.-C. – 70 ap. J.-C.), contrôlant le Temple de Jérusalem et le Sanhédrin. Ils acceptaient uniquement le Pentateuque, niaient la résurrection des morts et l'existence des anges. Présents quinze fois dans le Nouveau Testament, ils jouèrent un rôle clé dans la condamnation de Jésus, notamment à travers Caïphe et Anne. Leur disparition coïncide avec la destruction du Temple en 70 ap. J.-C. INF001
Le Sanhédrin
Le Sanhédrin était la plus haute instance religieuse, judiciaire et législative du judaïsme du Second Temple (IIe s. av. J.-C. – 70 ap. J.-C.). Composé de 71 membres et siégeant à Jérusalem, il interprétait la Torah, arbitrait les litiges majeurs et supervisait le calendrier hébraïque. Mentionné dans les Évangiles et décrit par la littérature rabbinique, il disparaît après 70 ap. J.-C. mais son modèle continue d'inspirer l'organisation et la pensée juridique juives. INF003
Pour aller plus loin
Genèse 49.10
« Le sceptre ne s'éloignera pas de Juda, ni le bâton de commandement d'entre ses pieds, jusqu'à ce que vienne Schilo, et que les peuples lui obéissent. »
Pourquoi « Schilo » ?

Le terme « Schilo » apparaît dans la Genèse, au sein de la bénédiction de Jacob sur ses fils. Il est généralement traduit par « celui à qui cela appartient » ou « celui qui doit venir » — une prophétie messianique qui annonce un personnage issu de la tribu de Juda, à qui les peuples du monde obéiront. Pour nous, ce nom symbolise notre conviction centrale : Jésus est ce Schilo — le Messie annoncé, fils de David, fils d'Abraham, vers qui pointent toutes les Écritures. Notre site porte ce nom en hommage à cette prophétie et à Celui qu'elle désigne.

Sources et droits

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