Les autorités religieuses de Jérusalem constatent avec amertume que le mouvement chrétien, qui aurait dû selon leurs calculs disparaître avec la mort de Jésus, connaît au contraire un développement remarquable. Celui qui avait été condamné et crucifié n'est plus physiquement présent, mais ses disciples poursuivent son œuvre. Sous l'action du Saint-Esprit, ils accomplissent des signes et des guérisons qui rappellent ceux qui avaient caractérisé le ministère terrestre de Jésus (John 14.12 ; Acts 2.43 ; Acts 5.12-16).
Dans la perspective de Luc, cette continuité n'est pas fortuite. Le livre des Actes montre que l'œuvre du Christ ne s'est pas interrompue avec son ascension, mais qu'elle se poursuit désormais par l'intermédiaire de ses témoins, conformément à la promesse qu'il leur avait adressée avant son départ (Acts 1.8). Ce que les autorités pensaient avoir définitivement supprimé continue ainsi de se développer avec une force inattendue.
2- Une croissance remarquable
Les résultats de la prédication apostolique sont particulièrement impressionnants. Luc souligne que des foules toujours plus nombreuses, composées aussi bien d'hommes que de femmes, se joignent aux croyants (Acts 5.14). Les malades sont apportés dans les rues et tous ceux qui viennent auprès des apôtres reçoivent la guérison (Acts 5.15-16). L'Église de Jérusalem apparaît ainsi comme une communauté en pleine expansion, bénéficiant d'une grande faveur auprès du peuple (Acts 2.47 ; Acts 5.13).
Cette croissance rapide constitue l'un des thèmes majeurs du livre des Actes. Malgré les obstacles et les persécutions, la Parole de Dieu poursuit sa progression (Acts 6.7 ; Acts 12.24 ; Acts 19.20). Luc présente ainsi l'expansion du christianisme comme l'accomplissement du dessein de Dieu annoncé avant l'ascension du Christ (Acts 1.8).
3- La jalousie des sadducéens
Face à une telle situation, le grand prêtre et les membres du sont saisis de jalousie (Acts 5.17). Cette réaction ne s'explique pas uniquement par des divergences doctrinales. Les , qui rejetaient notamment la résurrection des morts (Acts 23.8), voient leur influence religieuse et leur autorité menacées par cette communauté qui proclame précisément la résurrection de Jésus-Christ (Acts 4.1-2).
Cette précision de Luc n'est probablement pas fortuite. Les appartenaient principalement à l'aristocratie sacerdotale qui contrôlait le Temple et entretenait des relations privilégiées avec les autorités romaines. La popularité croissante des apôtres pouvait donc représenter non seulement une menace religieuse, mais également un risque pour l'équilibre politique dont dépendait leur position. Plusieurs années auparavant, Caïphe avait déjà exprimé la crainte qu'un mouvement populaire ne provoque une intervention romaine (John 11.47-50).
4- L'échec des premières menaces
Quelques jours auparavant, lors de la première arrestation de Pierre et de Jean, les membres du avaient été surpris de constater que des hommes considérés comme, « sans instruction et du peuple » manifestaient une telle assurance et une telle connaissance des Écritures (Acts 4.13). Incapables de nier la réalité du miracle accompli sur le boiteux guéri à la porte du Temple (Acts 4.14-16), ils avaient dû se contenter de menaces (Acts 4.17-18).
Il est intéressant de noter que les autorités ne contestent jamais la réalité des miracles. Leur objectif consiste avant tout à faire taire les témoins du Christ. Comme Jésus avant eux, les apôtres se heurtent à l'opposition des chefs religieux (Luke 20.19 ; Luke 22.52-54). Le récit des Actes souligne ainsi la continuité qui existe entre le ministère du Maître et celui de ses disciples.
5- Les principaux opposants
Luc désigne une nouvelle fois les comme les principaux instigateurs de cette nouvelle persécution (Acts 5.17), confirmant ainsi ce qu'il avait déjà indiqué lors de la première arrestation (Acts 4.1-2). Rien ne permet toutefois d'affirmer que tous les autres groupes religieux partageaient alors la même hostilité. Au contraire, l'intervention de quelques versets plus loin laisse apparaître une attitude plus prudente chez certains (Acts 5.34-39).
Cette situation évoluera cependant rapidement. Saul de Tarse, lui-même pharisien, deviendra bientôt l'un des principaux persécuteurs de l'Église avant sa conversion spectaculaire sur le chemin de Damas (Acts 8.1-3 ; Acts 9.1-6).
6- L'arrestation des Douze
Luc mentionne simplement « les apôtres » (Acts 5.18), expression qui désigne très probablement l'ensemble des Douze déjà mentionnés précédemment (Acts 5.12). Leur arrestation a vraisemblablement été effectuée par les gardes du Temple agissant sur ordre du grand prêtre.
Cependant, l'opération se déroule sans violence. Les autorités agissent avec prudence, conscientes de la sympathie dont jouissent les apôtres auprès du peuple. Une agitation dans l'enceinte du Temple aurait pu entraîner de graves conséquences. Les surveillaient étroitement Jérusalem, particulièrement lors des grandes fêtes, afin de prévenir toute émeute susceptible de troubler l'ordre public.
7- La délivrance miraculeuse
Les apôtres sont alors enfermés dans la prison publique (Acts 5.18). Toutefois, au cours de la nuit, un événement extraordinaire se produit. Un ouvre miraculeusement les portes de la prison et ordonne aux apôtres de retourner dans le Temple afin d'y annoncer « toutes les paroles de cette vie » (Acts 5.19-20).
Cette expression souligne que le message chrétien est porteur de la vie véritable offerte en Jésus-Christ (John 6.68 ; John 10.10). Le récit rappelle plusieurs délivrances miraculeuses de l'Ancien Testament. Joseph fut tiré de sa prison (Genesis 41.14), Daniel fut délivré de la fosse aux lions (Daniel 6.22-23) et les trois jeunes Hébreux furent préservés au milieu de la fournaise (Daniel 3.24-25). À travers ces différents récits, Dieu manifeste sa souveraineté et sa fidélité envers ses serviteurs.
8- La souveraineté de Dieu
Plus tard, Pierre sera lui-même délivré miraculeusement de sa prison (Acts 12.6-11), tandis que Paul et Silas verront les portes de leur cachot s'ouvrir à Philippes (Acts 16.25-26). Toutefois, ces interventions extraordinaires ne signifient pas la fin des persécutions. Elles rappellent plutôt que l'opposition des hommes ne peut empêcher l'accomplissement du dessein de Dieu (Acts 4.27-28).
Ce thème reviendra constamment dans le livre des Actes. Malgré les menaces, les arrestations et les violences, la Parole de Dieu poursuit sa progression, conformément au projet divin annoncé dès le début du livre (Acts 1.8).
9- La stupeur du Sanhédrin
Au matin, lorsque le grand prêtre convoque le pour interroger les prisonniers, les gardes découvrent avec étonnement que les cellules sont soigneusement fermées et gardées, mais qu'elles sont vides (Acts 5.21-23). Peu après, on annonce aux autorités que les hommes qu'elles avaient emprisonnés se trouvent de nouveau dans le Temple et qu'ils enseignent le peuple (Acts 5.25).
L'obéissance des apôtres est particulièrement remarquable. Dès leur libération, ils retournent à l'endroit même où ils avaient été arrêtés. Comme Jésus qui enseignait quotidiennement dans le Temple (Luke 19.47), ses disciples poursuivent leur mission sans se laisser intimider.
10- Une seconde arrestation
D'un point de vue humain, de tels événements auraient pu conduire les chefs religieux à reconsidérer leur opposition. Pourtant, loin de renoncer à leurs projets, ils persistent dans leur hostilité. Les apôtres sont arrêtés une seconde fois, mais toujours sans violence, car les gardes craignent une réaction du peuple (Acts 5.26).
Cette crainte met en évidence l'influence croissante de la prédication apostolique auprès de la population. Le mouvement chrétien ne peut plus être considéré comme un simple groupe marginal. Son expansion devient désormais impossible à ignorer.
11- L'aveu de Caïphe
Lorsque les apôtres comparaissent devant le , le grand prêtre leur adresse ce reproche :
« Nous vous avions formellement interdit d'enseigner en ce nom-là, et voici que vous avez rempli Jérusalem de votre enseignement et que vous voulez faire retomber sur nous le sang de cet homme ! » (Acts 5.28).
Paradoxalement, cette accusation constitue un aveu involontaire du succès remarquable de la prédication apostolique. En reconnaissant que Jérusalem a été remplie de cet enseignement, Caïphe confirme lui-même l'expansion rapide du christianisme. Son refus de prononcer le nom de Jésus manifeste également l'hostilité persistante qu'il nourrit envers celui qu'il avait autrefois livré à la mort (Matthew 26.65-66 ; John 19.15).
12- Une œuvre que les hommes ne peuvent arrêter
Le conflit ne concerne désormais plus seulement quelques disciples galiléens, mais une œuvre qui, selon la perspective de Luc, progresse avec une puissance que les hommes sont incapables d'arrêter. Quelques versets plus loin, exprimera lui-même cette vérité en déclarant : « Si cette œuvre vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire » (Acts 5.39).
Ainsi, malgré les persécutions et les tentatives répétées des autorités religieuses, l'Évangile poursuit sa progression conformément au dessein souverain de Dieu (Acts 1.8). Le livre des Actes montrera à plusieurs reprises que ni les menaces du , ni les persécutions, ni même l'Empire romain ne pourront empêcher la diffusion du message chrétien jusqu'aux extrémités de la terre (Acts 28.30-31).
Le
Les « apôtres » d'Actes 5.18 : les Douze ou seulement Pierre et Jean ?
d’Actes 5.17