دَانِيآل 11.35-36 constitue une véritable charnière de la prophétie. Jusqu’au verset 35, Antiochos IV Épiphane fournit un cadre historique exceptionnellement précis. La profanation du Temple, la suppression du sacrifice régulier, la persécution et la résistance des fidèles correspondent étroitement à la crise du IIe siècle av. J.-C.
Mais دَانِيآل 11.35 introduit une expression déterminante : « jusqu’au temps de la fin ». Le portrait du verset 36 prend ensuite une dimension plus absolue : le roi s’élève au-dessus de toute autorité religieuse et parle contre le Dieu des dieux. Le Nouveau Testament reprend précisément ce langage pour décrire un adversaire encore futur, notamment en 2 Thessaloniciens 2.
Le verset 40 confirme finalement l’horizon : « Au temps de la fin ». Les événements qui suivent correspondent difficilement à la mort historique d’Antiochos, tandis que دَانِيآل 11.45 conduit sans rupture à دَانِيآل 12.1-2, à la détresse finale, à la délivrance et à la résurrection.
La lecture retenue considère donc que la transition eschatologique commence en دَانِيآل 11.35-36 et devient explicite en دَانِيآل 11.40.
Cette solution permet d’éviter deux excès. Le premier consisterait à effacer Antiochos et à transformer tout le passage en prophétie exclusivement future. Le second consisterait à enfermer Daniel 11 jusqu’au verset 45 dans la seule histoire antiochienne malgré les indications du « temps de la fin » et la continuité immédiate avec la résurrection de Daniel 12.
Antiochos demeure ainsi le prototype historique. Le roi final en constitue l’accomplissement eschatologique.
La continuité entre les deux explique pourquoi la transition peut être discrète ; leurs différences expliquent pourquoi ils ne doivent pas être confondus.