ANX102

Les soixante-dix années de Jérémie : de l’exil aux soixante-dix semaines de Daniel

Daniel 9.2 déclare : « Moi, Daniel, je vis par les livres qu’il devait s’écouler soixante-dix ans pour les ruines de Jérusalem, d’après le nombre…

19 دقيقة 13 آية 5 أسفار

1. Daniel lit Jérémie

يعلن دَانِيآل 9.2:

« Moi, Daniel, je vis par les livres qu’il devait s’écouler soixante-dix ans pour les ruines de Jérusalem, d’après le nombre des années dont l’ avait parlé à Jérémie, le prophète. »

Daniel ne reçoit donc pas initialement cette durée par une nouvelle vision.

Il la découvre dans des écrits prophétiques déjà reconnus comme porteurs de la parole de Dieu.

Cette observation montre que les prophéties de Jérémie circulaient et étaient étudiées du vivant même de Daniel.

2. Jérémie 25 : soixante-dix années de domination babylonienne

Le premier texte majeur est إِرْمِيَا 25.11-12 :

« Tout ce pays deviendra une ruine, un désert, et ces nations seront asservies au roi de Babylone pendant soixante-dix ans. Mais lorsque ces soixante-dix ans seront accomplis, je châtierai le roi de Babylone et cette nation. »

La formulation est importante.

Les soixante-dix années concernent ici particulièrement :

la domination babylonienne sur Juda et les nations environnantes.

La période se termine par le jugement de Babylone.

3. Jérémie 29 : le retour des exilés

Le second texte fondamental est إِرْمِيَا 29.10 :

« Dès que soixante-dix ans seront écoulés pour Babylone, je me souviendrai de vous, et j’accomplirai à votre égard ma bonne parole, en vous ramenant dans ce lieu. »

Le contexte concerne directement les exilés.

Jérémie leur annonce qu’ils ne doivent pas attendre une libération immédiate.

Ils doivent construire des maisons, planter des jardins, fonder des familles et rechercher la paix de la ville où ils ont été déportés (إِرْمِيَا 29.4-7).

L’exil doit durer.

Mais il possède une limite.

4. « Pour Babylone » ou « à Babylone »

La formulation de إِرْمِيَا 29.10 a donné lieu à une discussion importante.

Le texte hébreu peut être rendu dans le sens de :

« lorsque soixante-dix ans seront accomplis pour Babylone ».

Cette traduction souligne la période attribuée à la puissance babylonienne.

Elle rejoint naturellement Jérémie 25.

L’accent porte alors moins sur soixante-dix années exactes passées individuellement par chaque exilé à Babylone que sur la durée de l’hégémonie babylonienne.

5. Le contexte historique

La fin du VIIe siècle et le début du VIe siècle av. J.-C. sont marqués par l’effondrement de l’Empire assyrien et l’ascension de Babylone.

Nabopolassar puis Nebucadnetsar II établissent progressivement la domination babylonienne sur le Proche-Orient.

Juda se retrouve pris entre les ambitions de l’Égypte et celles de Babylone.

La bataille de Karkemish, en 605 av. J.-C., constitue un tournant décisif.

6. L’année 605 av. J.-C.

En 605 av. J.-C., les forces babyloniennes commandées par Nebucadnetsar remportent une victoire majeure contre l’Égypte à Karkemish.

إِرْمِيَا 46.2 situe explicitement cette bataille dans la quatrième année de Jojakim.

Cette période correspond également au contexte dans lequel Daniel 1 situe la première intervention babylonienne contre Jérusalem.

Dans la chronologie retenue par cette étude, Daniel est alors déporté vers Babylone.

7. L’hypothèse d’un Daniel âgé de quatorze ans

Le texte biblique ne donne pas l’âge de Daniel lors de sa déportation.

Il le présente simplement parmi les jeunes gens sélectionnés pour être formés à la cour babylonienne (دَانِيآل 1.3-6).

La présente étude retient comme hypothèse de travail un âge d’environ quatorze ans en 605 av. J.-C.

Daniel serait donc né vers :

619 av. J.-C.

Cette estimation permet de suivre son âge approximatif au cours du livre.

8. Daniel traverse presque toute la période annoncée

Si Daniel a environ quatorze ans en 605, il approche quatre-vingts ans lorsque Babylone tombe en 539.

Sa vie personnelle traverse ainsi presque toute la période de domination babylonienne annoncée par Jérémie.

Il a connu :

la fin du royaume de Juda ;

نبوخذنصر؛

les dernières décennies de l’Empire babylonien ;

la chute de Babylone ;

l’avènement de la domination médo-perse.

Cette longévité donne une profondeur particulière à sa prière de Daniel 9.

9. Plusieurs déportations

L’exil de Juda ne résulte pas d’un événement unique.

Plusieurs interventions babyloniennes se succèdent.

Une première déportation est associée au début de la domination de Nebucadnetsar.

Une déportation majeure intervient en 597 av. J.-C., lors de la prise de Jérusalem sous Jojakin.

Ézéchiel appartient au groupe des déportés de cette période.

Enfin, la révolte de Sédécias conduit au siège final et à la destruction de Jérusalem.

10. La destruction de 586 av. J.-C.

Jérusalem est finalement prise par les Babyloniens.

Le Temple de Salomon est incendié.

Les murailles sont détruites.

Une nouvelle partie de la population est déportée.

Cet événement est généralement situé en 587/586 av. J.-C., selon les systèmes chronologiques.

La présente étude utilise conventionnellement 586 av. J.-C.

11. Plusieurs points de départ sont donc possibles

Selon l’aspect de la prophétie privilégié, plusieurs dates peuvent être envisagées comme commencement des soixante-dix ans :

605 av. J.-C. : établissement de la domination babylonienne et première déportation retenue dans cette étude ;

597 av. J.-C. : grande déportation sous Jojakin ;

587/586 av. J.-C. : destruction de Jérusalem et du Temple.

Cette diversité explique pourquoi plusieurs calculs ont été proposés.

12. Plusieurs termes sont également possibles

De même, plusieurs événements marquent la fin de l’époque babylonienne et la restauration de Juda :

539 av. J.-C. : chute de Babylone ;

538/537 av. J.-C. : décret de Cyrus et commencement du retour ;

516/515 av. J.-C. : achèvement du second Temple.

Les différents couples chronologiques ne mesurent donc pas exactement la même réalité.

13. De 605 à 539 av. J.-C.

Si l’on part de 605 et que l’on s’arrête à la chute de Babylone en 539, on obtient environ 66 années selon un calcul chronologique moderne simple.

Cela ne donne pas exactement 70 années solaires complètes.

Mais Jérémie 25 associe les 70 ans à la domination babylonienne, dont les limites historiques peuvent être définies différemment selon le commencement de l’hégémonie régionale et les méthodes antiques de comptage.

Il faut donc éviter de réduire la prophétie à la seule soustraction 605 − 539.

14. De 605 au retour

Si l’on étend la période jusqu’au décret de Cyrus et aux premières étapes effectives du retour, vers 538/537, la durée se rapproche davantage du nombre prophétique de 70 années.

Le processus ne s’arrête pas instantanément avec la chute de Babylone.

La domination babylonienne doit être remplacée, l’autorisation royale accordée et les exilés doivent effectivement retourner en Juda.

Le terme prophétique peut donc désigner une transition historique plutôt qu’une seule journée.

15. De la destruction du Temple à sa reconstruction

Une autre correspondance particulièrement importante concerne le sanctuaire.

Le premier Temple est détruit vers 587/586 av. J.-C.

Le second Temple est achevé vers 516/515 av. J.-C.

La période approche ainsi elle aussi les 70 années.

Cette correspondance est particulièrement significative pour 2 Chroniques.

16. 2 Chroniques et les sabbats de la terre

Le chroniqueur interprète l’exil en relation avec Jérémie :

« afin que s’accomplît la parole de l’ prononcée par la bouche de Jérémie ; jusqu’à ce que le pays eût joui de ses sabbats, il se reposa tout le temps qu’il fut dévasté, jusqu’à l’accomplissement de soixante-dix ans » (أَخْبَارِ ٱلْأَيَّامِ ٱلثَّانِي 36.21).

Cette formulation rapproche :

les 70 années ;

la désolation du pays ;

les sabbats de la terre.

Elle constitue un arrière-plan particulièrement intéressant pour Daniel 9.

17. Lévitique 25 et le repos sabbatique

La Loi prescrivait :

« Pendant six années tu ensemenceras ton champ [...] mais la septième année sera un , un temps de repos pour la terre » (اَللَّاوِيِّينَ 25.3-4).

Le cycle de sept années était donc profondément inscrit dans la législation d’Israël.

Cette structure permet de comprendre pourquoi une révélation donnée à propos de 70 années peut ensuite être développée en 70 unités de sept années.

18. Lévitique 26 et l’exil

Lévitique 26 avait également annoncé qu’en cas d’infidélité persistante, Israël serait dispersé et le pays deviendrait désert.

يحدد النص:

« Alors le pays jouira de ses sabbats, tout le temps qu’il sera dévasté » (اَللَّاوِيِّينَ 26.34).

2 Chroniques 36 reprend précisément cette logique.

L’exil apparaît donc comme un jugement d’alliance.

19. Les 70 années et les cycles sabbatiques

Certains interprètes ont déduit des 70 années de repos du pays qu’Israël aurait négligé 70 années sabbatiques, correspondant théoriquement à une période de :

70 × 7 = 490 années.

Cette observation est particulièrement suggestive lorsqu’on la rapproche des 490 années de Daniel 9.

Cependant, 2 Chroniques 36 ne fournit pas explicitement un calcul historique de 490 années de transgression sabbatique.

Le rapprochement est théologiquement cohérent, mais il ne faut pas transformer une implication possible en donnée chronologique explicitement énoncée.

20. Le nombre 490 apparaît ainsi en arrière-plan

La relation devient néanmoins remarquable :

70 années d’exil ;

cycle sabbatique de 7 années ;

70 × 7 = 490 années ;

70 semaines de Daniel = 490 années.

Daniel 9 peut ainsi être lu dans le prolongement de la théologie sabbatique de Lévitique et des Chroniques.

La réponse de Gabriel amplifie la durée initialement méditée par Daniel.

21. Cyrus et la fin de l’exil babylonien

ففي سنة 539 ق.م. تسقط بابل أمام الفرس.

Cyrus permet ensuite aux populations déplacées de restaurer leurs sanctuaires et de retourner dans leurs régions d’origine.

Esdras 1 présente son décret comme l’accomplissement de la parole de Jérémie :

« La première année de Cyrus, roi de Perse, afin que s’accomplît la parole de l’ prononcée par la bouche de Jérémie, l’ réveilla l’esprit de Cyrus » (عَزْرَا 1.1).

Le texte biblique lui-même relie donc explicitement Cyrus à l’accomplissement de Jérémie.

22. Le retour n’est cependant pas instantané

L’édit royal ne signifie pas que tous les exilés quittent Babylone immédiatement.

Le retour s’effectue par groupes.

Une partie importante de la population juive reste en Babylonie.

La restauration de Juda, de Jérusalem et du Temple s’étend sur plusieurs décennies.

Il est donc préférable de parler d’un processus de restauration plutôt que d’un événement unique réglant immédiatement toutes les conséquences de l’exil.

23. Daniel 9 se situe au moment du basculement

Daniel prie précisément au moment où la domination babylonienne vient de s’effondrer.

Il comprend donc que la prophétie de Jérémie entre dans sa phase d’accomplissement.

Mais Jérusalem demeure encore dans une situation de désolation.

Le Temple n’est pas encore restauré.

La promesse est en cours d’accomplissement, mais tout n’est pas encore réalisé.

Cette situation explique la prière de Daniel.

24. La prophétie accomplie ne rend pas la prière inutile

Daniel aurait pu raisonner ainsi :

Dieu a promis le retour ; il n’est donc pas nécessaire de prier.

Il fait exactement l’inverse.

Parce que Dieu a promis, Daniel prie.

Cette attitude montre que, dans la pensée biblique, la prophétie et la prière ne sont pas concurrentes.

La prière devient l’un des moyens par lesquels le croyant s’inscrit dans l’accomplissement du dessein révélé.

25. Gabriel élargit alors l’horizon

Daniel pense aux :

70 années de Jérémie.

Gabriel répond par :

70 septaines.

Le passage d’un nombre à l’autre n’est probablement pas fortuit.

Daniel cherche à comprendre la fin du jugement de l’exil.

Dieu lui révèle une période beaucoup plus vaste concernant le problème qui avait précisément provoqué cet exil : le péché.

26. Du jugement historique au problème du péché

L’exil avait sanctionné l’infidélité d’Israël.

Mais le retour de Babylone ne pouvait pas, à lui seul, supprimer le péché.

C’est pourquoi دَانِيآل 9.24 annonce :

« faire cesser les transgressions, mettre fin aux péchés, expier l’iniquité ».

La réponse de Gabriel déplace donc la question.

Daniel demande la restauration après un jugement historique.

Gabriel annonce un programme visant la racine même du jugement.

27. De Jérémie à Daniel

La relation entre les deux prophètes peut être résumée ainsi :

Jérémie : 70 années de domination et d’exil ;

Daniel : lecture et compréhension de cette prophétie ;

Gabriel : 70 septaines concernant Israël et Jérusalem.

La seconde révélation ne remplace pas la première.

Elle l’élargit.

28. La fonction théologique des soixante-dix ans

Les soixante-dix années signifient avant tout que le jugement possède une limite.

Babylone ne dominera pas éternellement.

Jérusalem ne restera pas éternellement dévastée.

L’exil n’est pas le dernier mot de l’histoire d’Israël.

Cette même théologie se retrouve dans les soixante-dix semaines.

29. La même souveraineté sur les soixante-dix semaines

Les 70 semaines sont elles aussi :

« fixées » (دَانِيآل 9.24).

Le Dieu qui avait déterminé la durée de la domination babylonienne demeure donc souverain sur la période beaucoup plus longue annoncée par Gabriel.

Les empires changent.

La souveraineté divine demeure.

30. Conclusion de l’annexe

Les soixante-dix années de Jérémie constituent la clé d’entrée de Daniel 9.

Elles concernent à la fois la domination de Babylone, l’exil, la désolation du pays et la restauration qui commence avec Cyrus. Les différents repères historiques - 605, 597, 586, 539, 538/537 et 516/515 av. J.-C. - expliquent pourquoi plusieurs calculs sont possibles selon l’aspect de la prophétie considéré.

Il n’est donc pas nécessaire de forcer tous ces événements dans un seul calcul artificiellement précis.

L’essentiel est que la période babylonienne annoncée par Jérémie arrive effectivement à son terme et que le processus de restauration commence conformément à la parole prophétique.

C’est précisément au moment où Daniel constate cet accomplissement que Gabriel lui révèle un horizon beaucoup plus vaste.

Les 70 années conduisent ainsi aux 70 septaines.

Le premier nombre annonçait la fin de l’exil babylonien.

Le second conduit vers la restauration de Jérusalem, l’Oint, l’expiation et la justice éternelle.