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Le « Fils de l’homme » de Daniel 7 : analyse araméenne et portée messianique

Daniel écrit : « Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils de…

27 دقيقة 29 آية 8 أسفار

1. Le texte central

Daniel écrit :

« Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils de l’homme ; il s’avança vers l’Ancien des jours, et on le fit approcher de lui. On lui donna la domination, la gloire et le règne ; et tous les peuples, les nations, et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit » (دَانِيآل 7.13-14).

Cette scène intervient immédiatement après le jugement de la quatrième bête.

Elle constitue donc la réponse divine aux royaumes bestiaux.

2. L’expression araméenne

Daniel 7 est rédigé en araméen.

L’expression traduite par « comme un fils d’homme » est :

כְּבַר אֱנָשׁ - kevar ʾenash.

Le terme bar signifie « fils ».

ʾEnash désigne l’homme ou l’être humain.

L’expression peut donc être rendue littéralement :

« comme un fils d’homme », ou plus idiomatiquement, « comme un être humain ».

3. L’importance du mot « comme »

Daniel ne dit pas simplement qu’il voit « un homme ».

Il voit quelqu’un :

« comme un fils d’homme ».

La formulation appartient au langage visionnaire.

De même que les royaumes étaient « semblables » à des animaux, cette figure apparaît sous une forme humaine.

Le contraste entre les deux catégories de symboles est donc intentionnel.

4. Les royaumes sont bestiaux, le souverain final est humain

Les quatre puissances terrestres surgissent de la mer sous la forme de bêtes.

Le souverain final vient avec les nuées et apparaît comme un être humain.

Cette opposition constitue l’une des grandes structures symboliques de Daniel 7.

Les empires qui exercent leur domination par la violence se déshumanisent.

Le souverain choisi par Dieu représente au contraire une royauté conforme à la vocation véritable de l’être humain.

5. Un possible arrière-plan de Genèse 1

Cette opposition peut être rapprochée de اَلتَّكْوِينُ 1.26-28.

L’être humain y reçoit de Dieu une domination sur les animaux.

Dans Daniel 7, cette relation semble presque inversée : les empires humains sont devenus eux-mêmes des bêtes.

Puis apparaît enfin une figure humaine à laquelle Dieu confie la domination.

Le rapprochement est théologiquement suggestif, même si Daniel 7 ne cite pas explicitement Genèse 1.

6. Il vient avec les nuées du ciel

La caractéristique la plus remarquable est probablement celle-ci :

« sur les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils d’homme ».

Dans l’Ancien Testament, les nuées sont fréquemment associées à la manifestation et à la majesté divines.

Le Psaume 104.3 décrit Dieu :

« Il prend les nuées pour son char ».

يعلن إِشَعْيَاءَ 19.1:

« Voici, l’ est monté sur une nuée rapide ».

L’association du Fils de l’homme aux nuées lui confère donc une dignité exceptionnelle.

7. La scène ne décrit pas d’abord une descente sur terre

Une précision exégétique est importante.

Dans دَانِيآل 7.13, le Fils de l’homme vient :

« vers l’Ancien des jours ».

Le mouvement immédiat de la vision est donc dirigé vers le tribunal céleste.

Daniel décrit d’abord une scène d’investiture royale.

Le Nouveau Testament reprendra ensuite cette image dans le contexte de la manifestation glorieuse du Christ.

Les deux dimensions doivent être distinguées sans être opposées.

8. Le Fils de l’homme et l’Ancien des jours sont distincts

Daniel voit deux figures.

L’Ancien des jours siège sur son trône.

Le Fils de l’homme est conduit devant lui.

Le second reçoit du premier :

« la domination, la gloire et le règne ».

Le texte établit donc une distinction relationnelle claire.

Cette distinction jouera un rôle important dans la lecture chrétienne de la scène.

9. Une investiture royale

La scène ressemble à une investiture.

Le Fils de l’homme ne conquiert pas le royaume par la violence.

Il le reçoit.

« On lui donna la domination, la gloire et le règne » (دَانِيآل 7.14).

Le passif souligne l’origine divine de son autorité.

Cette royauté contraste directement avec celle des bêtes qui surgissent de la mer et s’imposent par la force.

10. Trois réalités lui sont données

Daniel mentionne :

السلطان؛

المجد؛

الملكوت.

La figure humaine reçoit donc bien davantage qu’une simple mission prophétique.

Elle reçoit l’autorité souveraine sur les peuples.

Le langage est celui de la royauté universelle.

11. Tous les peuples sont concernés

ويوضح دانيال:

« tous les peuples, les nations, et les hommes de toutes langues le servirent ».

Cette formule universelle apparaît ailleurs dans Daniel pour désigner l’étendue de l’autorité impériale (دَانِيآل 3.4 ; 6.25).

Mais ici, elle est appliquée au souverain final.

La royauté du Fils de l’homme dépasse donc les frontières d’Israël.

12. Le verbe « servir »

Le verbe araméen employé appartient à la racine פלח - pelaḥ, « servir, rendre un service ».

Dans la partie araméenne de Daniel, ce verbe possède une importance particulière.

Daniel 3 l’utilise pour le service rendu aux dieux ou refusé aux idoles.

Daniel 6 l’emploie pour le service que Daniel rend continuellement à son Dieu.

Le fait que دَانِيآل 7.14 l’utilise pour le service universel rendu au Fils de l’homme donne à la scène une portée théologique considérable.

13. Plus qu’un souverain politique ordinaire

Un roi humain peut recevoir des nations en héritage.

Mais Daniel accumule ici plusieurs caractéristiques extraordinaires :

il vient avec les nuées ;

il s’approche de l’Ancien des jours ;

il reçoit une domination universelle ;

tous les peuples le servent ;

sa domination est éternelle ;

son royaume ne sera jamais détruit.

L’ensemble dépasse largement le portrait d’un souverain terrestre ordinaire.

14. Une domination éternelle

يعلن دانيال:

« Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point ».

Cette affirmation contraste avec toute la première partie de la vision.

بابل تزول.

La Médo-Perse passe.

La Grèce passe.

Le quatrième royaume est jugé.

Le règne du Fils de l’homme, lui, ne passe jamais.

15. « Son royaume ne sera jamais détruit »

Cette formulation rappelle directement دَانِيآل 2.44 :

« le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit ».

Daniel 7 révèle donc davantage sur le royaume annoncé dans Daniel 2.

Le royaume est désormais associé à une figure personnelle qui le reçoit de l’Ancien des jours.

16. Une figure individuelle ou collective ?

L’une des principales discussions exégétiques concerne l’identité du Fils de l’homme.

دَانِيآل 7.14 présente une figure individuelle.

Mais دَانِيآل 7.18 affirme :

«قديسي العلي سينالون الملكوت».

دَانِيآل 7.27 ajoute que le royaume sera donné :

« au peuple des saints du Très-Haut ».

Cette correspondance a conduit certains interprètes à considérer le Fils de l’homme comme une personnification collective des saints.

17. Les limites d’une lecture exclusivement collective

Une dimension représentative est incontestable.

Le Fils de l’homme et les saints partagent le même royaume.

Cependant, le réduire entièrement à un symbole collectif laisse difficilement compte de la scène de دَانِيآل 7.13-14.

Le Fils de l’homme s’approche personnellement de l’Ancien des jours.

Il reçoit personnellement domination, gloire et royaume.

La vision lui attribue donc une individualité narrative réelle.

18. Une personnalité corporative

Une solution plus complète consiste à reconnaître une figure personnelle possédant une fonction représentative.

Le roi et son peuple ne sont pas identiques, mais ils sont inséparables.

Le roi reçoit le royaume.

Son peuple participe ensuite à son règne.

Cette structure permet de tenir ensemble دَانِيآل 7.14 et دَانِيآل 7.18, 22, 27.

19. Le cadre messianique

L’Ancien Testament présente régulièrement le roi messianique comme représentant son peuple.

Le Psaume 2 décrit le roi établi par Dieu sur Sion et recevant les nations en héritage.

Daniel 7 élargit considérablement cette perspective en présentant un souverain céleste recevant une domination universelle et éternelle.

La lecture messianique possède donc une forte cohérence avec l’ensemble de la scène.

20. Jésus et l’expression « Fils de l’homme »

Dans les Évangiles, « le Fils de l’homme » constitue l’une des désignations les plus caractéristiques employées par Jésus à propos de lui-même.

Toutes les occurrences ne constituent pas nécessairement une citation directe de Daniel 7.

Cependant, lorsque l’expression est associée aux nuées, à la gloire et au jugement, le lien avec Daniel devient manifeste.

21. Matthieu 24.30

Jésus annonce :

« Alors le signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel [...] et elles verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire » (إِنْجِيلُ مَتَّى 24.30).

Les éléments essentiels de Daniel 7 sont présents :

le Fils de l’homme ;

les nuées ;

la puissance ;

la gloire.

Jésus reprend donc la figure daniélique pour décrire sa manifestation glorieuse.

22. Le procès de Jésus

Le rapprochement devient encore plus important lors du procès.

À la question du souverain sacrificateur, Jésus répond :

« vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel » (إِنْجِيلُ مَتَّى 26.64).

Cette déclaration combine deux textes majeurs.

« Assis à la droite » renvoie au Psaume 110.1.

« Venant sur les nuées » renvoie à دَانِيآل 7.13.

23. La réaction du souverain sacrificateur

Matthieu poursuit :

« Alors le souverain sacrificateur déchira ses vêtements, disant : Il a blasphémé ! » (إِنْجِيلُ مَتَّى 26.65).

La réaction montre que la déclaration de Jésus fut comprise comme une revendication extraordinaire.

Il ne prétendait pas simplement être un homme ordinaire.

Il s’identifiait à la figure céleste investie de l’autorité divine dans Daniel 7 et au personnage royal placé à la droite de Dieu dans le Psaume 110.

24. Marc conserve le même rapprochement

Marc rapporte :

«سترون ابن الإنسان جالسًا عن يمين قوة الله وآتيًا على سحاب السماء» (إِنْجِيلُ مَرْقُسَ 14.62).

Le rapprochement avec Daniel 7 appartient donc à une tradition évangélique profondément enracinée.

La lecture christologique du Fils de l’homme ne constitue pas un développement tardif sans rapport avec les paroles attribuées à Jésus.

25. Apocalypse 1 reprend également Daniel 7

Jean écrit :

« Voici, il vient avec les nuées. Et tout œil le verra » (رُؤْيَا يُوحَنَّا ٱللَّاهُوتِيِّ 1.7).

Puis il voit :

« quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme » (رُؤْيَا يُوحَنَّا ٱللَّاهُوتِيِّ 1.13).

L’Apocalypse applique ainsi explicitement à Jésus les images de Daniel 7.

26. Un rapprochement remarquable avec l’Ancien des jours

Apocalypse 1 présente également un phénomène théologique particulièrement significatif.

Le personnage semblable au Fils de l’homme possède :

« sa tête et ses cheveux [...] blancs comme de la laine blanche, comme de la neige » (رُؤْيَا يُوحَنَّا ٱللَّاهُوتِيِّ 1.14).

Dans دَانِيآل 7.9, cette blancheur caractérisait l’Ancien des jours.

Jean applique donc au Christ glorifié des caractéristiques appartenant à la description divine de Daniel.

La christologie de l’Apocalypse unit ainsi distinction personnelle et partage de la gloire divine.

27. Apocalypse 14

Jean voit encore :

« une nuée blanche, et sur la nuée était assis quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme » (رُؤْيَا يُوحَنَّا ٱللَّاهُوتِيِّ 14.14).

Le langage de Daniel 7 est de nouveau manifeste.

Cette fois, la figure intervient dans une scène de jugement.

Le Fils de l’homme de Daniel devient ainsi l’une des images fondamentales de la christologie apocalyptique.

28. Le Fils de l’homme et les saints

Le Nouveau Testament conserve également la relation entre le Messie et ceux qui lui appartiennent.

Jésus dit à ses disciples qu’ils participeront à son règne (إِنْجِيلُ مَتَّى 19.28 ; إِنْجِيلُ لُوقَا 22.29-30).

يكتب بولس:

« si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui » (رِسَالَةُ بُولُسَ ٱلرَّسُولِ ٱلثَّانِيةُ إِلَى تِيمُوثَاوُسَ 2.12).

رُؤْيَا يُوحَنَّا ٱللَّاهُوتِيِّ 20.6 يعلن:

« ils régneront avec lui ».

Le schéma de Daniel 7 demeure donc intact : le roi reçoit le royaume et les saints règnent avec lui.

29. Le contraste avec la petite corne

Daniel 7 oppose deux figures de manière particulièrement forte.

La petite corne s’élève elle-même.

Le Fils de l’homme reçoit son autorité de l’Ancien des jours.

La petite corne parle avec arrogance.

Le Fils de l’homme reçoit légitimement la gloire.

La petite corne persécute les saints.

Le Fils de l’homme partage le royaume avec eux.

La petite corne possède un temps limité.

Le Fils de l’homme possède une domination éternelle.

30. Deux conceptions de la royauté

Le contraste dépasse donc l’opposition entre deux dirigeants.

Il oppose deux modèles de souveraineté.

La puissance bestiale prend, écrase et détruit.

La royauté du Fils de l’homme est donnée par Dieu et conduit au règne des saints.

Daniel 7 ne présente donc pas seulement le remplacement d’un gouvernement par un autre.

Il annonce le remplacement de la domination bestiale par la royauté légitime voulue par Dieu.

31. Une figure essentielle pour la christologie du Nouveau Testament

دَانِيآل 7.13-14 constitue ainsi l’un des textes de l’Ancien Testament les plus importants pour comprendre la manière dont le Nouveau Testament présente Jésus.

Le Messie n’est pas seulement le descendant terrestre de David.

Il est également le Fils de l’homme céleste.

Il reçoit de Dieu une autorité universelle.

Il vient avec les nuées.

Il juge.

Il règne éternellement.

Et son peuple participe à son royaume.

32. Conclusion

L’expression araméenne כְּבַר אֱנָשׁ - kevar ʾenash décrit littéralement quelqu’un « comme un fils d’homme », c’est-à-dire une figure d’apparence humaine. Dans le contexte de Daniel 7, cette humanité contraste délibérément avec la bestialité des quatre empires.

Cependant, la figure dépasse immédiatement la simple condition d’un homme ordinaire. Elle vient avec les nuées du ciel, s’approche de l’Ancien des jours, reçoit une domination universelle et éternelle, et devient l’objet du service de tous les peuples.

La relation entre le Fils de l’homme et les saints montre qu’il exerce également une fonction représentative : il reçoit le royaume comme roi et son peuple participe à son règne.

Le Nouveau Testament reprend directement cette vision et l’applique à Jésus, particulièrement dans les annonces de sa venue glorieuse et dans sa déclaration devant le souverain sacrificateur.

Daniel 7 fournit ainsi l’une des bases les plus importantes de la christologie biblique : le royaume final n’est pas confié à une nouvelle puissance bestiale, mais au Fils de l’homme, dont la domination vient de Dieu, s’étend à toutes les nations et ne passera jamais.