Antiochos IV Épiphane constitue l’un des personnages historiques essentiels pour comprendre Daniel 11. Les correspondances entre son règne et Daniel 11.21-35 sont nombreuses et cohérentes : accession difficile au pouvoir, intrigue, campagnes contre l’Égypte, intervention romaine, crise du grand sacerdoce, collaboration interne, profanation du sanctuaire, suppression du sacrifice régulier et persécution des fidèles.
Son règne montre également que la crise ne peut pas être réduite à une opposition simpliste entre culture grecque et judaïsme. L’hellénisme existait depuis plusieurs générations et avait déjà profondément influencé le monde juif. La rupture se produit lorsque le pouvoir politique intervient coercitivement dans les pratiques de l’alliance et cherche à imposer des transformations touchant directement le culte, la Torah et l’identité religieuse.
La résistance maccabéenne apporte une délivrance réelle. Le Temple est purifié en 164 av. J.-C. et la fête de la Dédicace conserve la mémoire de cette restauration. Mais Daniel qualifie cette aide de limitée. L’histoire ne s’achève pas avec les Maccabées.
La mort d’Antiochos en Orient constitue enfin un élément déterminant. Elle correspond difficilement à la scène de Daniel 11.40-45, où la prophétie se situe explicitement « au temps de la fin » et conduit le dernier roi jusqu’à la proximité de la montagne sainte avant sa destruction. Dans la lecture prophétique retenue ici, cette différence signale le passage du prototype historique à son accomplissement eschatologique.
Antiochos IV occupe donc une position unique dans Daniel : il est suffisamment historique pour que son règne puisse être étudié avec précision, mais son comportement devient suffisamment paradigmatique pour servir de modèle à une opposition ultérieure.
Son histoire donne ainsi un visage concret à l’un des avertissements fondamentaux du livre : le pouvoir humain devient persécuteur lorsqu’il ne se contente plus de gouverner les hommes, mais revendique l’autorité sur ce qui appartient à Dieu.