Daniel 11.2-35 présente une succession historique d’une densité exceptionnelle. La progression générale peut être suivie avec une remarquable continuité :
Perse→
Xerxès et les guerres contre la Grèce→
Alexandre le Grand→
fragmentation de l’empire grec→
Ptolémée Ier et Séleucos Ier→
rivalité entre le Sud et le Nord→
Bérénice et Antiochos II→
Ptolémée III→
Séleucos II→
Antiochos III→
Raphia→
Panion et le passage de la Judée sous domination séleucide→
conflit d’Antiochos III avec Rome
→ Séleucos IV et l’exacteur→
Antiochos IV→
campagnes d’Égypte→
intervention romaine→
attaque contre l’alliance→
profanation du sanctuaire→
persécution→
résistance des fidèles.
Toutes les identifications ne possèdent pas exactement le même degré de certitude. Certains personnages secondaires ou certaines expressions demeurent discutés. Mais l’ensemble de la séquence présente une cohérence historique remarquable.
Cette précision explique également le rôle central de Daniel 11 dans le débat concernant la datation du livre. L’interprétation historico-critique y voit généralement le reflet d’une rédaction proche de la crise maccabéenne. La lecture traditionnelle retenue dans cette étude y voit au contraire une révélation prophétique donnée à Daniel plusieurs siècles avant les événements.
Dans cette seconde perspective, la précision historique possède une fonction théologique : elle montre que les ambitions, les guerres, les alliances et les persécutions humaines se déroulent dans une histoire dont Dieu connaît le cours et fixe le terme.
Le point décisif apparaît finalement en Daniel 11.35. Après une longue série de correspondances avec l’histoire du monde hellénistique, le texte introduit « le temps de la fin ». La prophétie s’apprête ainsi à passer de l’accomplissement historique représenté par Antiochos IV à l’horizon eschatologique dont ce persécuteur constitue le prototype.