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Les déçus du Messie Jésus

L'article discute Comment Jésus a déçu certains de ses disciples à cause de leurs attentes du Messie comme un libérateur politique plutôt qu'un sauveur spirituel.

21 min déception Messie Jésus espérances discours de Capernaüm 28 versets 12 livres

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Introduction

Il existe un principe universel et intemporel : lorsque nous plaçons nos attentes sur une figure charismatique, nous risquons d’être déçus. Nous projetons sur ces hommes ou ces femmes exceptionnels nos aspirations les plus profondes, nos rêves et parfois même nos frustrations.

Nous les regardons non tels qu’ils sont, mais tels que nous voudrions qu’ils soient. Lorsque la réalité se révèle, l’écart entre notre espérance et la vérité peut provoquer une déception profonde, voire un rejet.

Les auteurs des Évangiles n’ont pas hésité à rapporter des épisodes où ce phénomène apparaît clairement. L’un des plus frappants se trouve dans l’Évangile selon Jean.

Après un enseignement donné dans la de Capernaüm, Jésus évoque le salut à travers sa mort, utilisant l’image de « manger sa chair » et « boire son sang ». Ce langage était difficile à comprendre pour un auditeur non initié. Pourtant, les Juifs connaissaient bien la notion de sacrifice pour le pardon des fautes ( Lévitique 17.11 ). Malgré cela, ses paroles provoquent un choc.

Jean 6.60-61 (Louis Segond S21) :
Après l'avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent: «Cette parole est dure. Qui peut l'écouter?»Jésus savait en lui-même que ses disciples murmuraient à ce sujet. Il leur dit: «Cela vous scandalise?

Jésus perçoit leur murmure et leur scandale. Le résultat est immédiat :

Jean 6.66 (Louis Segond S21) :
Dès ce moment, beaucoup de ses disciples se retirèrent et arrêtèrent de marcher avec lui.

Il ne s’agit pas ici de simples sympathisants, mais de disciples réguliers, des hommes et des femmes qui avaient marché avec lui, vu ses miracles et entendu son enseignement. Leur départ est si massif que Jésus se tourne vers les Douze :

Jean 6.67 (Louis Segond S21) :
Jésus dit alors aux douze: «Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller?»

La révèle la différence fondamentale entre ceux qui restent et ceux qui partent :

Jean 6.68-69 (Louis Segond S21) :
Simon Pierre lui répondit: «Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle.Et nous, nous croyons et nous savons que tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant.»

Ceux qui abandonnent Jésus sont déçus parce qu’ils attendaient autre chose. Ils avaient projeté sur lui leur propre idéal messianique. Pierre, lui, comprend que la mission de Jésus dépasse leurs attentes humaines : elle touche à la vie éternelle.

Depuis près d’un siècle, Israël vivait sous domination romaine. Cette occupation était ressentie comme une humiliation nationale et spirituelle. Le peuple se souvenait des promesses faites à Abraham, à Moïse et à David, et espérait ardemment une restauration de la souveraineté d’Israël.

Les prophètes avaient annoncé un règne de paix, de justice et de puissance divine :

  • Un roi issu de David ( 2 Samuel 7.12-16 )
  • Un règne universel de paix ( Esaïe 9.5-6 )
  • Une restauration d’Israël parmi les nations ( Amos 9.11-12 )

Dans ce contexte, beaucoup attendaient un Messie politique, militaire et royal, capable de renverser Rome et de restaurer la gloire d’Israël.

  1. C’était l’attente la plus répandue : un roi puissant, semblable à David, qui libérerait Israël de ses ennemis. Cette vision s’appuyait sur des textes comme :

    • « Un rameau sortira du tronc d’Isaï… » ( Esaïe 11.1-10 )
    • « Voici ton roi vient à toi… » ( Zacharie 9.9-10 )

    Beaucoup voyaient en Jésus un candidat possible, surtout après ses miracles ( Jean 6.14-15 ).

    Certains groupes, notamment les de , attendaient deux Messies : un Messie royal et un Messie sacerdotal. Le Messie-prêtre devait purifier le culte, restaurer la sainteté du peuple et préparer la venue du règne de Dieu.

    D’autres attendaient un nouveau Moïse, conformément à la promesse :

    « Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi… »
    ( Deutéronome 18.15-18 )

    Ce Messie devait enseigner la Loi, accomplir des signes puissants et conduire le peuple dans une nouvelle délivrance.

    Certains mouvements zélotes espéraient un chef militaire qui conduirait une révolte armée contre Rome. Cette vision s’appuyait sur des figures comme Gédéon, Judas Maccabée ou, plus tard, Bar Kokhba. Dans cette perspective, le Messie devait être un conquérant.

    Bien que les Écritures annoncent clairement un Messie souffrant, notamment dans le Serviteur d’Ésaïe :

    • « Méprisé et abandonné des hommes… » ( Esaïe 53.3-5 )
    • « Il a porté nos péchés… » ( Esaïe 53.10-12 )

    Cette dimension était largement incomprise ou ignorée. Un Messie crucifié était inconcevable :

    « Nous prêchons Christ crucifié, scandale pour les Juifs… »
    ( 1 Corinthiens 1.23 )

     

    Jésus accomplit les prophéties, mais pas selon les catégories humaines :

    • Il refuse la royauté politique ( Jean 6.15 ).
    • Il annonce un royaume spirituel ( Luc 17.20-21 ).
    • Il prêche l’amour des ennemis ( Matthieu 5.44 ).
    • Il entre à Jérusalem humblement, sur un ânon ( Zacharie 9.9 ; Matthieu 21.4-5 ).
    • Il parle de sa mort comme d’un passage nécessaire ( Marc 8.31 ).

    Son identité messianique ne correspondait pas aux attentes populaires. Il n’était pas venu pour libérer Israël de Rome, mais pour libérer l’humanité du péché.

    Le même principe apparaît chez les deux disciples sur le chemin d’Emmaüs. Nous sommes le dimanche 3 avril 33, trois jours après la crucifixion. Leur tristesse est palpable :

    Luc 24.21 (Louis Segond S21) :
    Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël, mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour que ces événements se sont produits.

    Le verbe « espérions » dit tout : leur vision du Messie était politique, nationale et terrestre. Ils attendaient un libérateur semblable aux juges de l’Ancien Testament. Leur déception est si forte qu’elle les empêche de reconnaître Jésus ressuscité marchant à leurs côtés. Pourtant, c’est précisément à eux que Jésus va expliquer, « en commençant par Moïse et par tous les prophètes », que le Messie devait souffrir avant d’entrer dans sa gloire ( Luc 24.25-27 ).

    Il est raisonnable d’envisager que Judas ait été animé par une déception similaire. Beaucoup de Juifs supportaient mal l’ et attendaient un Messie conquérant. Judas, témoin des miracles de Jésus, a peut-être espéré un soulèvement national. Mais Jésus refuse constamment la voie politique :

    • Il fuit lorsqu’on veut le faire roi ( Jean 6.15 ).
    • Il affirme que son royaume « n’est pas de ce monde » ( Jean 18.36 ).
    • Il enseigne l’amour des ennemis ( Matthieu 5.44 ).

    Pour un esprit nationaliste, ces paroles pouvaient être incompréhensibles, voire insupportables. La déception de Judas, nourrie par un projet messianique erroné, a pu contribuer à sa trahison.

    Le sentiment nationaliste était profondément ancré dans l’esprit de nombreux Juifs du premier siècle. Ils attendaient un Messie guerrier, un libérateur politique. Lorsque Jésus accomplit des miracles, beaucoup pensent que toutes les conditions sont réunies pour une restauration nationale :

    Jean 3.2 (Louis Segond S21) :
    Il vint de nuit trouver Jésus et lui dit: «Maître, nous savons que tu es un enseignant envoyé par Dieu, car personne ne peut faire ces signes miraculeux que tu fais si Dieu n'est pas avec lui.»

    Mais lorsque Jésus est crucifié, l’espérance s’effondre. La déception est immense, à la hauteur de l’attente. Les disciples d’Emmaüs, Judas l’Iscariot et tant d’autres ont été déçus non parce que Jésus a échoué, mais parce qu’ils avaient imaginé un autre plan.

    En réalité, ce n’est pas Jésus qui les a déçus : c’est leur propre projet, personnel et égoïste, qui ne s’est pas réalisé. Jésus n’a jamais été un instrument entre leurs mains. Il est Dieu venu apporter le salut, non selon les attentes humaines, mais selon le dessein :

    Jean 3.16-17 (Louis Segond S21) :
    En effet, Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.